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Tydskrif vir Letterkunde

versión On-line ISSN 2309-9070
versión impresa ISSN 0041-476X

Tydskr. letterkd. vol.51 no.1 Pretoria ene. 2014

 

DOSSIER

 

« Paroles d'Afrique » Structuration d'un hypermedia-De la théorie à la pratique

 

« Paroles d'Afrique » Organising a hypermedia text: theory and practice

 

 

Anne-Marie Dauphin-Tinturier

Associée au LLACAN (Paris), a recueilli de nombreux contes et s'est intéressée à l'initiation des filles dans la région de parler bemba, en Zambie. Elle travaille sur la numérisation de la performance de littérature orale, sous forme d'hypermedia, dans le cadre des opérations du laboratoire du CNRS, le LLACAN (Langues, Langages et Cultures en Afrique Noire). Email: annemariedauphin@gmail.com

 

 


ABSTRACT

The ethnographic museum of Bordeaux (France) scheduled an exhibition « Paroles d'Afrique » ("Words from Africa") from October 2012 to May 2013. The items for the exhibition, properly scanned and contextualized, were brought together on a hypermedia platform, so as to retain a record of the exhibition. The hypermedia material was distributed with the exhibition catalogue and published on the museum website. The author was in charge of the creating the hypermedia platform. This paper outlines the approach to structuring the text, and explains the difficulties and successes encountered during the collection of the material.

Keywords: ethnographic exhibition, hypermedia, « Paroles d'Afrique » (exhibition), standardization.


 

 

Structuration d'un hypermédia-De la théorie à la pratique

Comment conserver numériquement la visite virtuelle d'une exposition sur la « parole africaine » conçue par quelques chercheurs spécialistes d'ethnolinguistique et de littérature orale ? Telle était la question qui m'avait été posée par le conservateur du musée universitaire d'ethnologie1 de Bordeaux II. Avant toute description de l'exposition, il faut rappeler que le mode d'organisation des sociétés africaines se construit sur des modalités essentiellement orales, même si ces dernières ont déjà eu des contacts avec l'écriture. La parole est avant tout le fondement de la vie communautaire et de l'harmonie sociale. Renoncer à cette forme de culture orale, impliquerait d'abandonner une certaine manière de vivre ensemble. S'intéresser à l'oralité africaine, c'est donc également s'intéresser à toute une manière de vivre dans le monde, manière de vivre qui s'articule autour de représentations et de pratiques, qui éclaireront les différentes formes de paroles.

Pour conserver la trace de cette production, avant la mise en place de l'exposition elle-même, il m'a été demandé de concevoir la structuration d'un hypermedia, reprenant tous les éléments de l'exposition numérisés et replacés dans leur contexte initial. Dans le projet initial, il devait être diffusé à la fois avec le catalogue de l'exposition et sur le site internet du musée. Ce papier exposera la démarche suivie, les difficultés et les réussites rencontrées, au cours du recueil des différentes données et de leur rendu par les informaticiens.

 

De quelle exposition s'agit-il ?

L'exposition s'est déroulée d'octobre 2012 à mai 2013 au musée de l'Université de Bordeaux. Elle a été accompagnée d'un colloque (une dizaine de communications sur la parole), d'une série de soirées-cinéma, tout au long de la période de présentation et de plusieurs soirées d'animation autour de conteurs et autres spécialistes de la parole. La réalisation a impliqué une trentaine de chercheurs. Quatre-vingt-treize concepts, qui se manifestent au travers de plus de 200 objets, les « expôts », sont présentés sur une surface d'environ 250 m2 dans six espaces différenciés.

Après une entrée en matière animée par un temps de « salutations », puis, une immersion dans un contexte où la parole est omniprésente, le parcours conduit le visiteur dans un cheminement à travers différents types de paroles, des plus quotidiennes aux plus ésotériques. La première salle est consacrée aux paroles du quotidien (exemples de socialisation par la parole, d'écrits du quotidien en particulier alphabétisation, place des média audio-visuels, paroles indirectes par moyens détournés tels que pagnes, chants au pilon, noms, etc.). La deuxième salle aborde les paroles de jeu et les paroles de crise. La troisième salle est un espace consacré aux paroles littéraires, orales (rôle des griots entre autres) et écrites (bibliothèque consultable dans un salon de lecture). La quatrième salle est une salle de projection où des extraits de films présentent des « paroles efficaces » de grand pouvoir performatif, en situation (choix du nom, sorcellerie, rituels de chasse, rôle de l'initiation des filles traditionnel et moderne par rapport au SIDA, ...). La cinquième salle est une salle d'ouverture, présentant le voyage des paroles et des pratiques qui circulent à travers les continents (textes de vulgarisation, rap, insultes rituelles sur internet.). La sixième salle traite d'un genre particulier, le conte, sous tous ses aspects.

 

Mise en place d'une structure idéale du DVD-site internet

Initialement, l'ensemble des données devait être conservé sur un site internet, relié à celui du musée et des copies étaient prévues sur DVD pour permettre une distribution plus large, une fois que l'exposition serait démontée. Il était également prévu d'aider des accompagnants à préparer des visites organisées pour des groupes ciblés (scolaires entre autres .). Il s'agissait avant tout d'un travail de vulgarisation pour un public averti mais n'ayant généralement aucune connaissance précise sur les sociétés productrices.

Le but était donc de replacer les différentes productions remises (enregistrement sonore, objet, film, texte écrit .) dans leur contexte, ancien et actuel, pour éviter les interprétations qui ne tiennent pas compte de ces références. Ces opinions conduisent généralement à des jugements de valeurs élaborés dans le cadre de la culture dans laquelle l'observateur évolue. D'où la nécessité de maîtriser autant que possible ce biais.

Pour replacer les différents expôts dans leur contexte, il a été demandé à chaque chercheur de transmettre une description de la société élaborée à partir de concepts qui font sens ; ces derniers sont définis si possible à partir des termes locaux, en s'appuyant sur une fiche de renseignement relative à chaque expôt remis. La fiche de renseignement est là pour suggérer des recherches et non pour mettre en fiches similaires, les différents groupes producteurs.

Pour construire cette fiche de renseignements, je suis partie d'une recherche que j'ai menée au moment où, dans le cadre du LLACAN, nous avons essayé de faire la synthèse de ce que nous savions de la littérature orale dans le monde francophone (Littératures orales africaines, livre dirigé par Ursula Baumgardt et Jean Derive). Dans ce cadre, j'avais été chargée de réfléchir sur les problèmes d'édition électronique. J'avais été amenée à définir deux notions qui sont souvent confondues, « le multimedia » et « l'hypermedia ». De fait, l'acception courante du terme « multimédia », apparu à la fin des années 80, le définit en tant que regroupement de plusieurs supports de l'information (texte écrit, son, image, vidéo) pouvant coexister en continu. Ainsi un livre peut associer, en un déroulement linéaire non modifiable, des images à un texte, une fresque, quelques bribes de textes à des images, le cinéma parlant recourant aux quatre supports. Des procédés liés à l'électronique permettent de transformer tout phénomène physique en données analogiques puis numériques. Du fait de cette transposition dans le contexte informatique, d'hétérogènes les données deviennent homogènes et peuvent ainsi être associées dans un même programme, traitées de manière identique par une machine et apparaître dans un réseau, dans lequel on construit soi-même son chemin. L'objet obtenu est alors un « hypermédia » qui associe des contenus de connaissances, les données physiques numérisées, à des données de synthèse qui les organisent. On peut alors interrompre le cours normal d'une lecture et rechercher une information qui contextualise la donnée sensible et revenir ensuite à la lecture initiale.

Comment construire un tel système ? En 1970, Geneviève Calame-Griaule fut la première à formaliser le concept de littérature orale dans un article où elle définissait les concepts de littérature orale et d'ethnolinguistique (Calame-Griaule). Les éléments nécessaires à une étude d'ethnolinguistique se regroupent autour des quatre pôles suivants : la culture de l'ethnie concernée, le caractère oral de la performance, le texte écrit et les significations possibles de l'œuvre représentée. Dans le cadre central apparaissent les quatre ensembles d'éléments introduits par Geneviève CalameGriaule, qui permettent d'analyser la performance observée. Ces éléments sont regroupés autour de deux pôles (aspect général de la culture/aspect particulier de la performance), d'une part en données culturelles générales et d'autre part en données caractérisant l'oralité et données caractérisant le texte. L'examen de ces ensembles permet de concevoir des commentaires pour chaque élément de la partition de la performance et une signification finale de l'œuvre.

 

 

La fiche de renseignement

Chaque expôt est donc accompagnée d'une fiche de renseignements (voir en annexe) qui comporte un très grand nombre de rubriques, que l'on demande de consulter pour apporter des informations selon la pertinence. Il est évident qu'il n'est pas possible de tout remplir, mais il est souhaité que le maximum de renseignements soit communiqué, sous forme de références bibliographiques, de textes écrits, de photographies, de cartes et de mini-films.

La première partie correspond à un ensemble de connaissances d'ordre général sur l'ethnie ou les ethnies concernée(s). Elle met en évidence les notions de régionalisation (localisation de l'expôt et données géographiques et économiques), de dénomination de la ou des ethnie(s), du groupe ou de l'individu producteur, de contexte historique et culturel (structuration de la société et transfert de pouvoirs, rituels et religion, parenté et alliance, conception de l'espace et énoncé des mythes pertinents). Y apparaît également une analyse des langues présentes, en particulier un bilan des études déjà effectuées sur la langue qui concerne l'expôt, et sur le système d'arts oraux (genres en littérature orale, musique et chorégraphie). Une bibliographie représentative de la région complète ces données générales.

La deuxième partie analyse l'expôt dans le contexte de la performance et dépend du type de production (écrite, orale, filmée). Elle comporte une description de l'objet ou du support de la production et dans certains cas un résumé de l'œuvre. En cas de production écrite, l'analyse met en évidence la structuration du texte, la relation du texte avec le contexte, une biographie simplifiée de l'auteur et les réactions des lecteurs. En cas de performance orale, l'analyse présente les modalités de la performance (localisation et temps de la performance, musique accompagnant le genre littéraire avec transcription de la musique, rythme et mélodie, instruments utilisés, techniques d'utilisation, aspects chorégraphiques avec description des mouvements), les personnes impliquées (analyse du groupe d'acteurs, rôle du performateur, rôle des autres membres du groupe, attitude du public) et la mise en place d'un texte écrit de chaque partie de l'œuvre, après découpage préalable (transcription, traduction avec explication sur le choix des langues, les difficultés rencontrées, et présentation des différentes traductions, structure de chaque partie - analyse stylistique). Dans le cas d'un film, il convient de reprendre ce qui est pertinent dans les deux rubriques précédentes et qui peut s'appliquer.

 

 

Une troisième partie correspond aux commentaires et à la signification de l'expôt : analyse du sens de chaque partie de l'œuvre (traditionnelle, évolution, signification actuelle) et signification globale mettant en place l'impact sur la société.

 

Organisation du DVD

Suite à des discussions avec le personnel du musée, j'ai donc proposé de construire le DVD à partir des pages suivantes :

La page d'ouverture doit faire apparaître tous les logos qui interviennent pour la mise en place de l'exposition et une sortie « quitter ». Elle comporte également deux textes (présentation de la logique de l'exposition et découpage de l'exposition.

La page 2 doit permettre plusieurs types de visites. Dans le cas d'une visite proposée, les liens qui relient les différentes pages par la suite permettent de suivre un chemin préparé qui correspond au chemin suivi par les médiateurs et les accompagnants, quand ils feront visiter l'exposition. Dans le cas d'une visite libre, le lien arrive sur une page qui représente les six salles de l'exposition et l'on peut commencer la visite par la salle que l'on veut voir en premier et à l'intérieur de la salle par l'expôt que l'on veut examiner. On peut également concevoir des entrées par thèmes ou par régions à partir d'un index de thèmes ou d'une carte de l'Afrique. La dernière entrée concerne la préparation de la visite pour les accompagnants, pour aider en particulier les enseignants qui veulent venir avec un groupe d'élèves visiter l'exposition.

La page 3 représente le plan de l'exposition avec six icones correspondant aux six salles.

Les six pages suivantes corresponde chacune à une présentation de la salle et un plan de la disposition des expôts dans la salle. Si l'on clique sur un expôt, la page-expôt correspondante apparaît.

La page-expôt regroupe les données recueillies dans la fiche de renseignements (un texte qui le présente et une photographie ou une video).

Par ailleurs, j'ai regroupé les différentes entrées qui permettent de présenter le contexte qui entoure la visualisation de l'expôt.

Il est toujours possible de passer d'un expôt à l'autre, sans se perdre dans les renseignements. On peut retrouver les arborescences qui partent de chaque entrée, à partir de la fiche de renseignements.

 

Modèle revu et simplifié

Il faut dire très simplement que le recueil de renseignements fut catastrophique. Peu de chercheurs avaient accepté de se servir de la fiche de renseignement et les données récoltées étaient plus que disparates, d'où de très grandes difficultés pour les exploiter. Aussi le projet initial, certes très ambitieux, n'a pas pu être maintenu.